La baisse annoncée des allocations : fatalité ou opportunité ?

Par François Corda, membre du Conseil d’administration de l’Association des propriétaires Île-de-France, Nord et Haute-Normandie

La Fédération des éleveurs, sous l’impulsion de son président Loïc Malivet, a rassemblé le 23 août les principaux décideurs du Galop. Le président Édouard de Rothschild et son directeur général Olivier Delloye ont confirmé que la baisse des encouragements était envisagée pour 2018. Elle aura pour conséquence une réduction des allocations des propriétaires et des primes des éleveurs, avec une répercussion immédiate sur les entraîneurs, les jockeys et le personnel des écuries. Les effectifs de chevaux seront revus à la baisse et ce sera le deuxième grand coup de semonce après la hausse de la TVA qui avait déjà entraîné une baisse de 4 % du nombre des chevaux à l’entraînement. Les brillants résultats des ventes de yearlings d’août d’Arqana en 2017 masquent les inquiétudes légitimes de centaines de petits propriétaires et de petits éleveurs. L’élite des propriétaires, présente sur tous les hippodromes mondiaux, vient rechercher aux ventes de prestige d’août les yearlings qui pourraient faire une carrière internationale. La baisse des allocations en France n’aura pas les mêmes répercussions pour les grands propriétaires, car ils visent en priorité la réussite dans les grandes épreuves qui valorisera leurs chevaux et leurs poulinières. En France, nous avons la chance d’avoir des courses PMU et PMH sur 231 hippodromes, mais la baisse des enjeux hippiques conduit le PMU à réduire sa dotation aux sociétés mères. Rappelons qu’en 2011 le résultat net d’exploitation du PMU s’élevait à 876 millions d’euros, alors qu’il est tombé à 790 millions d’euros en 2016, soit une baisse des résultats de 86 millions d’euros en cinq ans. La chute de la dotation du PMU a impacté France Galop au moment où elle investissait 140 millions d’euros sur le nouveau ParisLongchamp. Ainsi, France Galop a enregistré une perte de 33 millions d’euros en 2016 et malgré un programme de réduction des charges, France Galop continuera d’enregistrer des pertes en 2017. Le PMU confirme la baisse des enjeux hippiques de 0,6 % à fin juillet 2017 en France, malgré de nouveaux paris (simple jackpot) et l’apport des nouveaux joueurs en provenance des paris sportifs et du poker.

En accord avec les deux sociétés mères, le programme et les horaires des courses ont été revus pour augmenter le nombre de partants, donc les enjeux. Or ce sont les paris hippiques en France qui ont délivré en 2016 l’essentiel du produit brut des jeux avec 2.385 millions d’euros quand le poker n’a rapporté que 11 millions d’euros et les paris sportifs 44 millions d’euros. L’International du PMU, en progrès, contribue aux résultats nets avec 73 millions d’euros pour 1 milliard d’enjeux. Pouvons-nous regarder la concurrence sur le marché des paris en France ? Voyons la dynamique de la Française des Jeux. Elle réalise plus de 14,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2016, avec 4,8 milliards d’euros de produit brut des jeux, quand le PMU a atteint 9,7 milliards d’euros d’enjeux totaux. La FDJ connaît une croissance de 4,6 % en 2016 tandis que le PMU stagne. La politique commerciale de la FDJ fidélise 31.000 points de vente en France quand le PMU ne dispose que de 13.000 points de vente. La comparaison des investissements est aussi en faveur de la FDJ qui annonce un investissement sur 5 ans de 500 millions d’euros pour moderniser son réseau et accentuer les efforts sur Internet et les réseaux sociaux. Certes, le PMU investit 65 millions d’euros sur les nouvelles bornes de prises de paris et 50 millions d’euros sur son informatique. De plus, le PMU souffre d’une forte concurrence avec l’ouverture européenne des jeux sur le réseau Internet sur les paris hippiques et le poker et avec la FDJ sur les paris sportifs. La comparaison des investissements humains est aussi en faveur de la FDJ avec 2.105 salariés tandis que le PMU doit réduire son effectif composé de 1.380 salariés et doit pratiquer une politique de blocage des augmentations générales. L’État reste aussi le grand gagnant avec la FDJ qui lui a versé 3,1 milliards d’euros en 2016 contre 842 millions d’euros par le PMU. Aujourd’hui, le message transmis par nos dirigeants est un constat de perte d’envie des joueurs sur les paris hippiques quand la FDJ annonce que le pari hebdomadaire moyen de ses joueurs est passé de 10 € à 10,60 € pour ses 28 millions de joueurs. La FDJ précise que ses distributeurs en France sont satisfaits à près de 80 % avec leur rémunération et le contact avec ses commerciaux, alors que les distributeurs du PMU doivent se contenter d’une plus faible commission sur les paris hippiques. Alors, quelles sont les opportunités pour retrouver la croissance au PMU et la confiance chez France Galop ? Deux voies de progrès apparaissent : France Galop a démontré cet été à Deauville une capacité à recruter et fidéliser les spectateurs sur l’hippodrome jusqu’à la 7e course, avec le tirage quotidien d’une voiture Renault pendant 18 réunions. La conquête de nouveaux parieurs sur les hippodromes conjointement avec le sponsoring de grandes marques est une première voie à suivre. La deuxième voie vise à créer une nouvelle dynamique commerciale sur le modèle de la FDJ, dans le réseau en dur des points de vente du PMU, avec plus d’ouvertures et plus de bornes de prises de paris, à augmenter les enjeux hebdomadaires des joueurs réguliers par des actions promotionnelles, à stimuler son réseau de distributeurs, à recruter plus d’animateurs commerciaux pour former de nouveaux joueurs. Le plan de la baisse des allocations ne sera pas une fatalité si la mise en place d’une nouvelle politique commerciale globale de France Galop et du PMU accompagne le plan de réduction des charges. Enfin, il faudra réussir le lancement du nouveau ParisLongchamp, avec comme point d’orgue la création d’un meeting de quatre jours en juillet. Une image rajeunie des courses au galop pourrait ainsi renaître dès 2018.

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