« Les propriétaires avaient besoin d’un porte­parole, et j’entends l’être »

Patrick Fellous - Paris-turf
Patrick Fellous - © Paris-turf

Interview Patrick Fellous, Président du Syndycat des Propriétaires

Fraîchement élu à la tête du Syndicat des Propriétaires, Patrick Fellous prend d’emblée “le taureau par les cornes”. Pour lui, les propriétaires doivent être “reconnus” comme clé de voute de l’Institution, et leur représentation politique, aujourd’hui mineure, devra correspondre à cette réalité. La nouvelle politique exposée par Patrick Fellous conduira, selon lui, au nécessaire changement et à l’adoption du nouveau modèle du Galop français. Tout un programme.

Vous venez d’accéder à la présidence nationale du Syn­dicat des Propriétaires. Quel est votre sentiment ?

C’est pour moi un grand honneur, et je ne peux m’empêcher de penser à mon père, un propriétaire assidu, qui, là-haut, doit être satisfait. Cependant, laissez-moi tempérer cette satisfaction. Le titre est glorieux, mais la tâche est particulièrement difficile, car la situation du propriétaire en France est bien moins reluisante que ne le suppose le fait d’avoir des “couleurs”. Il y a beaucoup à faire pour que le propriétaire retrouve une reconnaissance en rapport avec son investissement. La difficulté de ma mission est là, et c’est un formidable challenge pour mon équipe et moi.

« Il y a beaucoup à faire pour que le propriétaire retrouve une reconnaissance en rapport avec son investissement »

Vous mentionnez votre équi­pe. Philippe Bouchara, votre prédécesseur, y trouve-­t-­il une place ?

Bien sûr. Notre affrontement était amical, et le pourquoi de ma candidature tenait à ma personnalité de battant, qui refuse précisément l’état actuel du propriétariat. Philippe, en pilotant le nouveau Conseil exécutif du Syndicat, nous fera bénéficier de son expérience. Pour que le propriétaire gagne, nous avons besoin de réunir toutes les forces.

Quelles sont vos priorités en tant que nouveau président ?

Un constat m’anime : le propriétaire est victime d’une grande injustice. Il n’est pas reconnu pour ce qu’il est : le pilier énergétique et financier des courses. Il ne reçoit pas des autorités hippiques le soin que réclamerait ailleurs tout client VIP. Les courses vivent économiquement grâce à deux sources : l’investissement du propriétaire et le pari des turfistes. Et mon sentiment, largement partagé, est que ni le propriétaire, ni le parieur, ne sont reconnus pour ce qu’ils apportent. Si les courses étaient une entreprise privée, tout observateur s’étonnerait du peu d’intérêt que manifestent les organisateurs envers ces indispensables clients.

N’êtes­-vous pas un peu sévè­re ?

Pas du tout. Certes, quelques progrès ont été accomplis ces derniers temps. Mais j’insiste sur ce dysfonctionnement de base, qui revient à décourager les propriétaires, et à négliger les parieurs. Les uns et les autres doivent se battre pour obtenir que ce qui leur est dû. Le propriétaire doit réclamer un accueil, des facilités, des célébrations, des services, que toute entreprise normale prodigue naturellement à ses clients. Le parieur doit souvent lutter pour réussir à jouer à des guichets pas assez nombreux. Ma présidence sera réussie si j’arrive à transformer cette triste réalité, teintée d’un mépris d’un autre temps.

Votre colère fait­-elle passer au second plan les enjeux po­litiques ?

Ce serait mal me connaître. Une des raisons qui fait que les propriétaires n’en ont pas pour leur investissement, c’est qu’ils n’ont pas le pouvoir politique qui devrait leur échoir dans l’institution. Cette articulation est au centre de ma démarche : si les propriétaires sont insatisfaits par les services rendus, c’est précisément parce que leur pouvoir politique n’est pas réel dans les structures actuelles. Cette logique motive le combat de notre syndicat, en collaboration avec les autres professionnels pas mieux lotis que nous, les éleveurs, les entraîneurs et les jockeys. Le pouvoir est confisqué par les mêmes privilégiés, alors que la force vive des professionnels doit se contenter de strapontins dotés de peu de pouvoir effectif. La représentation des professionnels élus fonctionne telle un alibi de démocratie ; en fait, nous sommes relégués à des rôles de figurants. Ce n’est plus tolérable au XXIe siècle.

Vous placez la barre assez haut. Ne craignez­-vous pas un échec ? Pouvez­-vous jouer sur plusieurs tableaux à la fois ?

Mon ambition est celle de tous les propriétaires. Je ne crois pas à l’échec, car notre démarche va dans le sens de toute l’évolution de la société contemporaine. Nous aurons forcément raison un jour contre les rigidités. Et puis, permettez-moi une remarque de méthode : si je suis conduit à mélanger, dans mon discours, ce qui relève du politique, du technique, de l’économique, des hippodromes, de la communication, du programme, des partants, c’est parce que tout se tient. Tout est lié. On n’obtiendra rien si l’on se contente de reformer un étage de l’édifice, en laissant les autres intacts. Nous devons agir de concert sur tous les aspects du galop, même si cela complique notre tâche, même si cela me prendra beaucoup de temps. Mais je compte sur tous les professionnels qui ont des intérêts convergents avec les nôtres, sur les membres associés qui ont de l’ouverture d’esprit, sur les représentants des Tutelles sans qui rien ne se fait dans les courses, et sur les médias qui incarnent l’opinion publique des courses. Ce grand rassemblement nous fera gagner.

Ne craignez­-vous pas d’être taxé d’optimisme ou de naï­veté ?

Votre question me surprend. Toute personne liée à l’activité courses est dotée d’un tempérament optimiste, faute de quoi elle ferait autre chose. Tout professionnel espère un jour gagner une grande course, le rêve est à portée de main grâce aux courses, cela fait leur attrait. De plus, en ce qui concerne le Syndicat des Propriétaires, il ne s’agit pas d’optimisme, mais d’une obligation. Le combat que j’entends mener doit aboutir. Pour les propriétaires, l’enjeu présent est simple : le changement ou l’extinction. Nous n’avons guère de choix.

« Le propriétaire est victime d’une grande injustice. »

Mais je voudrais vous rassurer sur la faisabilité d’une réforme globale. Elle est dans l’air d’aujourd’hui. Tout le monde ressent le malaise, tout le monde perçoit l’état de crise qui caractérise le Galop. Notre modèle est à bout de souffle, comme l’ont montré toutes les affaires récentes qui ont secoué notre petit monde et France Galop. L’heure est propice à une avancée décisive pour les propriétaires, pour l’ensemble des professionnels, qui tous veulent être reconnus et accéder aux responsabilités politiques de notre système pour le transformer. Pourquoi les entrepreneurs triomphent-ils partout sauf à France Galop ?

Pouvez­-vous dire quelques mots sur les dossiers précis que vous aborderez ?

Je suis très attaché à certains points de détail et tout autant à des questions générales qui engagent notre avenir.

L’urgence concerne le programme national du Plat dès 2014. Je crois être un des premiers à avoir insisté sur la nécessaire liaison entre effectifs locaux et programme de proximité. Il est aberrant d’avoir abouti à une organisation qui nécessite des déplacements aller-retour qui font souvent mille kilomètres pour les chevaux et les hommes. Trop, c’est trop ! Il faut donc remettre tout cela à plat et repenser l’ensemble de ce programme national Premium. De ce point de vue, on peut espérer que le retour de Thierry Delègue nous aidera dans cette entreprise.

Si je déplore tant ces déplacements trop lointains et trop fréquents, c’est parce qu’ils freinent le plaisir du propriétaire. Être présent pour une victoire, la célébrer avec ses proches, est l’essence même de notre sport. Avoir transformé le propriétaire en “équidien” a des aspects positifs, mais aussi des défauts parfois irréparables. Tout propriétaire est “local”. Nous devons, un fois de plus, repenser tout cela.

À la demande de France Ga­lop, vous vous êtes penché sur la communication des courses. Qu’en est­-il ?

Une réflexion constructive s’est engagée sous la houlette du directeur de la communication de France Galop. Dans l’immédiat, un aspect technique décisif capte mon attention, et cela concerne précisément l’image télévisuelle des courses : nous devons passer à la Haute Définition pour amplifier l’attractivité de notre spectacle. Je sais que c’est en cours, mais pourquoi attendre ?

Vous évoquiez précédem­ment la célébration de la vic­toire. Pouvez­-vous préciser ?

C’est un détail, mais il est fondamental. Partout dans le monde, les autorités mettent en valeur le fait d’avoir gagné une course. C’est un rite, une sorte de fête collective, fixée par un décorum que les bénéficiaires affectionnent. Nous devons faire de même en France, quel que soit l’hippodrome, quelle que soit la course : mettre en scène la joie et la fierté du propriétaire. Nous devons célébrer et mémoriser l’événement, alors qu’aujourd’hui il est banalisé. Inutile de gagner si le plaisir ne peut être partagé : les propriétaires méritent un décorum qui récompense socialement leur mérite et leur persistance, car l’on est plus souvent battu que gagnant.

Vous déplorez l’absence de pouvoir politique des proprié­ taires. Qu’allez vous faire pour y remédier ?

Travailler pour que le combat des professionnels unis aboutisse à une réforme des statuts de France Galop, réforme qui accordera une majorité aux membres professionnels élus, propriétaires, éleveurs, entraîneurs et jockeys. Installer les professionnels, notamment les propriétaires, au cœur du système sera mon axe directeur. Cette entreprise sera accompagnée d’un intense lobbying que je compte promouvoir dans les prochains temps. S’il avait vraiment existé, peut-être le problème de la TVA aurait- il été abordé dans de meilleu res conditions. Nous devons exister, notre devoir est de convaincre, faute de quoi le déclin nous saisira, irrémédiablement.

« Installer les professionnels, notamment les propriétaires, au coeur du système sera mon axe directeur. »

On vous sent totalement im­pliqué dans votre nouveau rô­le. L’enjeu ne vous fait-­il pas peur ?

Je n’y pense pas. Les propriétaires avaient besoin d’un porte-parole, et j’entends l’être. Cela va avec le lobbying. Une dynamique s’amorce dès aujourd’hui. Ma seule peur, c’est que ma fonction ne me soustraie à ma vie de famille, voire à mes responsabilités de chef d’entreprise. Je suis trop entier pour ne pas m’impliquer totalement, sans calcul. Autant vous avouer que je compte vraiment aboutir, pour les propriétaires, pour la filière professionnelle, pour les courses. Vous jugerez sur pièce !

(Paris-turf)

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