Assemblée générale du Syndicat National des Propriétaires

PATRICK FELLOUS : « LES SOCIOPROFESSIONNELS DOIVENT REPRENDRE LE POUVOIR ! »

Mercredi, entre 17h30 et 21h15, le Syndicat des Propriétaires du Galop a tenu son assemblée générale. Une réunion riche en débats. A plusieurs reprises, au cours de la soirée, Patrick Fellous, président du Syndicat, a insisté sur l’importance de remettre les propriétaires et l’ensemble des socioprofessionnels au cœur de l’Institution (lire son discours en annexe du journal). Son message est clair : les propriétaires doivent avoir un réel pouvoir à France Galop, un pouvoir de décision et d’action car, sans propriétaires, il n’y a pas de course. Le Syndicat s’est par ailleurs inquiété du manque d’attractivité du sport courses, qui se ressent par la baisse enregistrée au niveau des paris, et le relatif manque d’intérêt des jeunes envers notre sport.

Parmi les invités, Nicolas Blondeau a présenté sa célèbre école, et Benoît Cornu (directeur de la communication du PMU) s’est exprimé sur la situation de l’opérateur. Les questions et remarques ont été nombreuses de la part de l’assemblée, menant le débat bien au-delà de ce qui était prévu, avant un dîner au cours duquel tous les membres présents se sont vus remettre un très beau porte-clé métallique représentant leur casaque personnelle (visitez le site Internet http://casacolours.com/bijoux/8-porte-cles.html).

Nicolas Blondeau à l’honneur

Après le discours d’ouverture du président, Paul Naïm, trésorier du Syndicat, a pris la parole pour le bilan financier du Syndicat. Le Syndicat a ensuite tenu à mettre à l’honneur Nicolas Blondeau. Cette respiration avant les débats a été très appréciée, livrant presque un moment de poésie lorsque Nicolas Blondeau a pris la parole. « J’ai créé une école, à Saumur, en 2005, pour éduquer les chevaux et former les hommes, car l’un ne va pas sans l’autre. L’homme et le cheval doivent être seuls ensemble. La peur du cheval envers l’homme doit être atténuée. L’appréhension de l’homme envers le cheval et ses réactions doit disparaître », a-t-il expliqué. Nicolas Blondeau a insisté sur le fait d’être l’héritier d’une grande tradition d’équitation à la française, et de ne pas être un chuchoteur, comme il est pourtant souvent décrit, cela désignant une mode née Outre-Atlantique. « J’ai pu retrouver ce que nos ancêtres faisaient pour démarrer les chevaux. C’était tellement naturel chez eux qu’ils n’ont pas laissé de traces écrites. Mais je n’ai rien inventé. »

La formation de l’homme est aussi importante que celle du cheval. C’est un point sur lequel est revenue Myriam Bollack-Badel, qui avait fait le déplacement depuis Chantilly pour assister à la réunion, accompagnée de François et Elizabeth Doumen, Cédric Boutin et Frédéric Danloux. « Je viens du milieu de l’équitation et j’approuve ce que vous dites, a-t-elle expliqué. Mais l’AFASEC est tellement éloignée de ces principes… Les entraîneurs ont beaucoup de problèmes avec la formation du personnel et avec les formateurs. C’est le rôle du Syndicat d’avoir un regard beaucoup plus critique pour la formation du personnel qui nous est destiné. Il n’est pas toujours formé, et il y a un déficit à ce niveau, même si nous avons des jockeys extraordinaires. Mais les jockeys sont formés par les entraîneurs. Comme les formateurs ne sont pas formés, les cavaliers d’entraînement, par exemple, sont à mille lieux de comprendre ce langage du cheval que vous évoquez. »

Préoccupations et objectifs du PMU

Benoît Cornu
Benoît Cornu

Benoît Cornu, directeur de la communication du PMU, était présent à l’assemblée. Il était aussi présent le matin même à l’assemblée générale du Syndicat des Eleveurs. Il a réalisé une intervention très remarquée. « Je remercie le Syndicat de nous avoir invités, car cela nous permet de faire notre devoir de transparence. Nous avons besoin des éleveurs et des propriétaires, et c’est réciproque. La situation économique n’est pas simple. Mais il y a aussi de mauvaises informations qui circulent, et il faut remettre les chiffres au clair. »

Le marché international compense la baisse sur le marché français

Ainsi, Benoît Cornu a dévoilé les derniers chiffres du PMU. Au 30 juin, les paris hippiques sont en baisse de 5,7%. Le marché français enregistre une baisse de 7,5%, mais cela est compensé par les paris sportifs et par l’activité internationale, en hausse de 30% avec les accords avec les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Afrique du Sud ou encore la Belgique. « Les facteurs de décroissance en France sont liés à la crise. Les activités de loisirs sont en baisse, tandis que la France est en train d’enregistrer des records de taux d’épargne. Tous les secteurs de loisir sont en baisse, et nous sommes un loisir. Cela touche donc notre réseau de vente qui souffre. Nous faisons des efforts pour développer nos points de vente. En 2015, il y aura plus de points de vente PMU que de bureaux de poste. Nous avançons donc plus vite que La Poste. »

L’impact de la limitation des paiements des gains

Le PMU souffre aussi du raidissement de Tracfin (combat contre le blanchiment d’argent), qui limite le paiement des gains à 3.000€. « Cela a eu un impact négatif sur le recyclage. Les joueurs ont baissé leur mise, pour ne pas dépasser ce seuil. Nous estimons le manque à gagner de 150M€ à 200M€. »

Baisse du nombre de partants sur le meeting de Deauville

Le troisième facteur qui touche le PMU est le problème des courses à faible nombre de partants. « Pour l’offre, il faut des courses et des partants. Sur le meeting de Deauville, depuis le début août, le nombre moyen de partants a baissé de 5%. Et ce qui est plus sensible encore, c’est que les courses à moins de 10 partants sont de plus en plus nombreuses… et que les courses à plus de 10 partants sont de moins en moins nombreuses. »

L’impact des paris sportifs

Juin et juillet ont été particulièrement difficiles, les courses souffrant de l’impact de la Coupe du Monde de football. « L’attention du public a été détourné par les matchs, d’autant plus que l’équipe de France a réalisé un beau parcours. Pendant ce temps-là, les gens ne regardaient pas les courses. Mais tout n’est pas négatif dans notre bilan, car nous avons pu recruter 80.000 nouveaux clients de paris sportifs en un mois, soit l’équivalent du chiffre enregistré sur une année. Nous allons maintenant pouvoir les convaincre de parier aussi sur les courses. 30% des gens venus par les paris sportifs jouent ensuite sur les courses dans les trois mois qui suivent : ils réalisent que c’est plus rémunérateur et pas forcément plus difficile. Par ailleurs, je tiens à dire que les paris sportifs sont déjà profitables, rentables, et qu’ils alimentent la filière courses comme tout l’argent que le PMU gagne. »

Le PMU en avance sur son plan économique et tiendra son engagement moral

« Les enjeux sont en baisse, en conséquence la marge globale suit la baisse, mais nous avons fait des économies. Et même plus vite que prévu, puisque nous avons réalisé nos objectifs sur deux ans en une seule année. Nous pouvons garantir que le PMU reversera à la filière ce à quoi il s’était engagé. L’économie de charges ne doit cependant pas empêcher d’innover. Nous travaillons sur le renouvellement de nos points de vente. Nous voulons être présents dans de nouveaux endroits : gares, stations de métro… Il faut aussi investir sur la technologie, pour répondre aux attentes notamment des jeunes. Il faut réaliser un effort collectif pour recréer l’attractivité des courses. Nous ne sommes pas un loisir comme un autre, mais nous sommes un loisir parmi les autres. Il faut avoir un code plus moderne. Nous avons le plan PMU 2020. Il faut faire un effort sur les hippodromes pour l’attractivité. Il faut mettre de la technologie. Il faut recréer l’image, et les efforts doivent être partagés par chaque filière : trot et galop. Les courses sont un spectacle extraordinaire. Il faut souligner les efforts d’Equidia au quotidien. »

Des nouveaux paris bientôt sur le marché

« Sur les nouveaux paris, nous avons quelque chose qui approche, a confirmé Benoît Cornu, mais je garde la surprise. »

Thierry Delègue

Dans son intervention, le président Fellous a souligné le gros problème des horaires de course, qui demandent de plus en plus aux socioprofessionnels dans leur ensemble. Ce problème, revenu au premier plan le tout premier jour du meeting de Deauville, a été prolongé par Thierry Delègue, directeur général de France Galop : « L’objectif est de produire le meilleur produit brut pour la filière. Donc il est inutile de chercher à dire que c’est la faute de France Galop ou la faute du PMU. Pour produire le plus de chiffre d’affaires possible, le PMU nous conseille d’occuper la plage horaire de telle heure à telle heure, et nous dit quelle pourrait être la meilleure tranche. Si nous avions pu massivement proposer des courses étrangères aux plages horaires de matinée et de fin de journée, nous l’aurions tous fait… mais cela n’aurait pas été bon pour la filière, car les courses étrangères rapportent nettement moins que les courses françaises. »

Développer la culture du choix

Une remarque a été faite quant au problème du trop nombre d’épreuves, qui se retrouvent dans un même panier et ce peu importe leur importance sportive, et transformant les courses hippiques en Loto. Benoît Cornu a expliqué que la culture du choix devait être développée. « Je vais prendre un exemple caricatural : dans un hypermarché, vous avez le choix entre quarante références d’eau minérale, et vous ne les buvez pourtant pas toutes. Dans les courses, les clients n’ont pas cette culture du choix. Nous devons passer à une culture du choix. L’augmentation des réunions, par rapport à la culture du pari, perturbe certains de nos clients. »

Créer du buzz autour des courses

Serge Tardy, président de l’Association des propriétaires du sud-est, a ensuite pris la parole : « Nous sommes dans un équilibre tordu. Il faut travailler sur la remarque du PMU concernant les nouvelles technologies. Sur les hippodromes, nous constatons qu’il y a de moins en moins d’ambiance. Une des raisons est les horaires. Par contre, sur de petits hippodromes, nous enregistrons 2.500 entrées payantes et les gens jouent beaucoup. Quelles sont les relations du PMU et du PMH au niveau du recrutement ? » Benoît Cornu a expliqué : « Concernant les hippodromes de province, je tiens à tordre le cou à une idée reçue : le PMU est très content qu’il y ait beaucoup d’hippodromes en France. C’est important car ce sont eux qui véhiculent la culture hippique. Nous voulons encourager nos clients à aller sur les hippodromes. »

Reprendre le flambeau…

Assemblee Generale du Syndicat des Proprietaires - Deauville - 20/08/2014

Après l’intervention de Benoît Cornu, le président Fellous a livré son discours, insistant sur le besoin de remettre le propriétaire au centre de l’Institution, et de lui accorder un statut proportionnel à son importance. « Nous devons, nous propriétaires, devenir des membres actifs et opérationnels de la gouvernance de France Galop. » C’est ici que se situe le message délivré par le président Fellous, ajoutant : « Et pour y arriver, mes chers amis, une seule et unique étape : gagner largement les élections nationales de France Galop en novembre 2015. Afin que nous devenions la force professionnelle incontournable que nous devrions nous propriétaires légitimement être depuis si longtemps. » Le président Fellous a par ailleurs insisté sur le besoin d’unité entre tous le socioprofessionnels : il n’y a pas que les propriétaires qui doivent prendre le pouvoir, mais les entraîneurs et éleveurs notamment doivent aussi avoir leur mot à dire au sein de l’Institution. Le syndicat des propriétaires désire un changement profond au sein de France Galop, et cela commence par gagner les élections nationales de France Galop en novembre 2015.

Quel modèle économique ?

Le discours du président a soulevé de nombreuses questions et remarques.

Jean-Christian Huard (Ecurie Helios) : « Vous avez fait un super discours électoral. Prenons le pouvoir : mais est ce que nous sommes sûrs que, si les socioprofessionnels sont au pouvoir, l’institution sera plus gérée ? Ensuite, j’aurais préféré un discours sur les courses et l’ensemble des institutions, pas que sur le galop. Ne mettons-nous pas la charrue avant les bœufs ? »

« Je dis « Codirigeons », a répondu le président Fellous. Entrons dans les coulisses du pouvoir. Est-ce que les socioprofessionnels feront mieux ? C’est une interrogation, et je n’en suis pas sûr. Personne n’a demandé chez les socioprofessionnels à avoir une vraie parcelle de pouvoir. Le syndicat doit relever la tête et objectivement changer les choses. »

La France est à un bon niveau de prospérité

Cédric Boutin a tenu à interpeller le vice-président Chamarty, lequel avait interrogé le modèle économique des courses et la multiplication des réunions : « Revoir tout le modèle économique des courses, mais dans quelle direction ? a dit Cédric Boutin. Pour moi, avoir des courses toute la journée est un point de détail. Ce n’est pas un problème en soi. Lorsqu’il n’y aura plus d’argent, ce sera encore plus problématique. Le problème vient du fait que France Galop et Le Trot n’ont pas d’augmentation de clientèle, parce qu’il faut aussi trouver des gens qui s’intéressent aux courses. Nous ne pouvons pas jeter la pierre au PMU. » Le vice-président Chamarty a répété le besoin de trouver du sponsoring dans les courses et que les réunions multiples gênaient les professionnels.

Benoît Cornu est à nouveau intervenu pour défendre l’action du PMU : « Pendant un certain nombre d’années, le moteur a été l’augmentation du programme, mais nous sommes arrivés à une certaine limite. La France est à un bon niveau de prospérité par rapport à ses voisins. Le PMU va bien. Mais pour l’avenir, nous avons besoin de diversifier notre offre. Par exemple, je pense que la prise de paris sportifs dans les points de vente nous permettrait de ne pas avoir une grande différence avec la Française des Jeux. Nous devons aussi aller chercher des ressources hors de nos frontières, à l’international.

Pendant longtemps, nous avons confondu le marketing sur les paris et le marketing sur les courses. Il faut avoir un marketing spécifique pour les courses, hors paris : il faut des événements, des champions et des stars. Et il faut de grands médias : nous avons Equidia. Je trouve qu’on ne met pas assez en avant les entraîneurs et les jockeys. »

Faut-il faire revenir les courses sur les grandes chaînes nationales ?

Le vice-président Chamarty est intervenu sur le sujet d’Equidia. Tout comme le président Fellous dans son discours, il estime que le fait que les courses ne bénéficient plus d’une couverture quotidienne sur une grande chaîne a contribué à leur déclin. « Equidia est intimiste. Nous avons beaucoup perdu en n’étant plus sur TF1. Et concernant les points de vente : pourquoi ne pas être présents à Auchan ou Carrefour comme la Française des Jeux ? »

Benoît Cornu a expliqué sur ces points : « La minute hippique sur TF1 coûtait très cher et n’apportait plus rien. Il faut s’inspirer du football et médiatiser en priorité ce qui intéresse les téléspectateurs, à savoir les grands événements. Mais, avant cela, il faut faire revenir les gens sur les hippodromes, et les chaînes de télévision suivront. »

On peut être contre le Nouveau Longchamp… mais il ne faut pas nier que nous avons besoin d’un nouvel écrin

Attirer les sponsors et le public. Pour Jean-Christian Huard, le nouveau Longchamp est une belle opportunité, une idée qui n’est pas forcément partagée par le Syndicat et par certains de ses membres. « Pourquoi investir dans un hippodrome qui n’accueillera qu’une centaine de personnes en semaine ? », a déclaré l’un des membres. Pour Jean-Christian Huard, c’est essentiel : « Le débat sur le nouveau Longchamp se résume à il ne faut pas parce que c’est trop cher. Ce n’est pas une vraie réflexion. L’hippodrome est en état de délabrement avancé. Et il faut un vrai hippodrome pour attirer des sponsors ! Pourquoi ne pas y faire des nocturnes, sur l’exemple de Happy Valley. Là-bas, après le travail, tout le monde se rend sur l’hippodrome. Nous avons la chance avec Longchamp d’avoir un magnifique hippodrome, à proximité d’une grande ville. »

L’union des institutions

Pascal Adda et Frédéric Danloux, venus de Maisons-Laffitte, se sont aussi exprimés. Le premier a insisté sur l’importance de l’union des socioprofessionnels, qu’ils dépendent de Franc Galop ou de la SECF. « S’il est question de faire reconnaître les socioprofessionnels, notamment au niveau des pouvoirs publics, il ne faut pas oublier les trotteurs. La différence au trot, c’est aussi que les cooptés sont de vrais professionnels qui savent dire où sont les problèmes. La différence aussi est que le galop est international, tandis que le trot est majoritairement national. »

Frédéric Danloux a conclu la réunion sur le problème représenté selon lui par les cooptés : « Je vous remercie de m’avoir invité et je voudrais vous dire que pour nous, entraîneurs, cela fait plaisir de voir des professionnels qui ont encore la foi. Vous connaissez notre combat depuis plusieurs années : nous défendons nos propriétaires. Concernant l’intervention pour redonner du pouvoir : au trot, les cooptés sont des socioprofessionnels, et ce fut le cas au galop dans le temps. Il faut que les socioprofessionnels reprennent le pouvoir. Nous aurons toujours des sujets de divergence, mais il y a des sujets sur lesquels nous sommes capables de nous entendre. La machine est en panne, il faut la relancer. »

Jour de Galop – 22 août 2014

Crédit photos : Panoramic

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